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AG 2019 de l'APRSM Actualités Générales Revue de presse : Arcachon-Paris : un TGV direct quotidien en fin d’année

 

VOUS AVEZ LU OU ENTENDU « ARRET IMMEDIAT DES BAINS ET DE LA CONSOMMATION DES HUITRES : DANGER DE POLLUTION BACTERIENNE ».

RUMEUR, EXCES du PRINCIPE DE PRECAUTION OU NECESSITE ?.

 

Cet été, une information, vérifiable sur les sites les plus officiels, puis vite relayée par la presse régionale a circulé sur nos plages, dans nos parcs et surtout nos ordinateurs : « nos plages sont bactériologiquement contaminées et vont être fermées ». Tout de suite nos Gaulois querelleurs, qui peuplent aussi nos associations, ont eu des avis partagés. Que faire : relayer ou se taire ? Ordralfabetix et ses amis ne veulent pas croire que leur panier de fruits de mer n’est pas frais, c’est encore la faute à Rome avec ses directives stupides, le chef plus discipliné, mais prudent interroge sa tribu et après discussion tout finit par : ce n’est pas une affaire de sangliers comme l’autre jour, on n’y connaît rien donc, surtout silence...

Et si, plutôt la prochaine fois, nous essayions de comprendre un peu mieux ce que nous disent la science et la réglementation qui en découle pour adopter ensuite une attitude raisonnée.

 

UNE SITUATION EXCEPTIONNELLE QU’IL FAUT A TOUT PRIX PRESERVER

Le Bassin d'Arcachon, enclave maritime d'une superficie d'environ 180 km2, constitue l'exutoire d'un vaste bassin hydrographique de plus de 4.138 km2.

Lagune semi-fermée, c’est un écosystème fragile subissant une densification humaine croissante et c’est aussi un site majeur de production ostréicole. La qualité microbiologique de l’eau (un des volets de la pollution) constitue donc un enjeu majeur pour la santé des usagers des plages et la sécurité de l’activité conchylicole. Bien qu’une partie des eaux soit renouvelée par le cycle des marées (le temps de renouvellement des eaux du bassin d’Arcachon varie entre 10 et 30 jours) le risque de pollution persiste car il existe une fragilisation du milieu par de nombreux facteurs environnementaux.

Actuellement, selon le SIBA (Syndicat Intercommunal du Bassin d’Arcachon) chargé de l’assainissement des eaux usées, de la gestion et de la protection environnementale du plan d’eau, des travaux maritimes et de l’hygiène :

90% des eaux de baignade sont classées en excellente qualité

80% des zones ostréicoles sont classées en zone A

 Donc, à l’inverse de la pollution chimique, la qualité bactériologique de l’eau du bassin d’Arcachon, rigoureusement et régulièrement évaluée, est globalement bonne par rapport aux normes fixées par la réglementation.

Pourtant, du fait de la géographie, la pollution bactérienne menace obligatoirement et en permanence nos plages et nos coquillages. Elle résulte de l’apport, dans l’eau de mer et ses commensaux, de micro-organismes étrangers au milieu marin (principalement bactéries et virus d’origine fécale) par les « eaux usées » du bassin versant malgré les mesures préventives prises en amont. ;

            Ces bactéries sont en très grande majorité inoffensives (« germes-indicateurs »). Mais, exceptionnellement, des individus malades rejettent des bactéries ou des virus pathogènes à l’origine de toxi-infections alimentaires digestives (TIACs) ou d’infections généralisées dont la gravité (salmonelles, E.Coli virulent, virus responsables de gastro-entérites, hépatite A…) peut justifier la fermeture des plages et/ou l’interdiction de vente et de consommation des coquillages.

            Cette pollution « administrative » se définit par la présence à une concentration supérieure aux seuils en vigueur de deux germes considérés comme de bons témoins de la pollution bactérienne fécale : E.coli et entérocoque. Le choix de ces bactéries est justifié par la facilité et le faible coût de leur manipulation au laboratoire. L’évaluation des niveaux de contamination des eaux de baignade et des zones conchylicoles repose sur la quantification régulière par deux organisme dans le temps et l’espace (28 sites dont le Moulleau) des “ germes-témoins”. Des valeurs élevées de ces marqueurs sont statistiquement corrélées à la présence concomitante de germes pathogènes et par conséquent témoignent d’un risque sanitaire réel bien que ni systématique ni quantifiable.

SURVIE DES BACTERIES EN MER

Ces bactéries et virus, hôtes habituels de l’intestin de l’homme et des animaux à sang chaud, trouvent un environnement hostile dans le milieu marin. Ils vont toutefois y survivre plus ou moins longtemps en fonction des paramètres du milieu. De quelques heures à quelques jours pour les bactéries, cette survie est prolongée pour les virus de plusieurs semaines à plusieurs mois.

            Toutefois, des études récentes démontrent que certaines bactéries fécales sont capables de s’implanter plus durablement et même de s’y multiplier : processus de naturalisation bactérienne L’action bactéricide des rayons ultra-violets de la lumière solaire est connue de longue date et la variabilité saisonnière de la survie des germes peut être observée en fonction de la présence ou de l’absence de la couche nuageuse. D’une manière générale, on observe un allongement de la durée de survie des micro-organismes à basse température induite par un ralentissement de leur métabolisme. La salinité constitue un des principaux stress subis par les bactéries, il a été montré qu’à une concentration en sel de 10g/L, 100% des souches d’E.coli croissent alors qu’à 20g/l, 25% des souches ont disparu. Enfin, la dilution joue un rôle plus important que la mortalité dans la diminution de la concentration bactérienne

Ces facteurs de régulation intrinsèque associés aux mesures sanitaires prises sur le bassin versant expliquent que les épisodes de pollution bactérienne soient de moins en moins fréquents et généralement de courte durée.

 

ORIGINES DE LA CONTAMINATION BACTERIENNE DES EAUX

Origine urbaine

Les sources d’origine urbaines sont essentiellement constituées par les effluents des stations d’épuration (STEP) traités ou non et les eaux usées issues des habitats dispersés. Nombre de villes et communes littorales ne possèdent pas encore de stations d’épuration et e toutes façons l’efficacité des systèmes d’épuration vis-à-vis de la contamination bactérienne est faible sauf installations spéciales performantes

 

Origine agricole

Les sources d’origine agricole sont liées a la présence d’élevages plus ou moins intensifs de bovins, porcs, ovins et volaille engendrant une quantité importante de fèces riches en germes fécaux et à l’épandage de déchets fécaux pour l’exploitation des terres

 

Origine liée aux activités de loisir

En période estivale, la plaisance peut induire une dégradation microbiologique à cause des mauvaises pratiques de certains plaisanciers, malgré la mise en place progressive de cuves de vidange dans les ports de plaisance, sous réserve que tous les bateaux soient équipés de système sanitaire ad hoc. Le contrôle d'activité des réceptacles portuaires montre un index d'utilisation très faible par saison.

Plus encore à cause des déjections des centaines d’estivants déversés chaque jour par les « tours operators » La mise en place de toilettes provisoires sur les sites sensibles (au premier chef le banc d’Arguin) serait une solution, mais inéluctablement elle porte en elle le risque et la tentation progressifs de la « bétonisation ». Il nous semble que la sagesse commande, vue la qualité actuelle des eaux du bassin, de privilégier, pour le moment, les mesures pédagogiques et ultérieurement, si la nécessité se présente, des mesures de restriction du nombre des pollueurs.

 

Par temps de pluie, les risques de contamination sont souvent augmentés par. les eaux usées urbaines non traitées dues au débordement des égouts et à l’engorgement des stations.

 

EFFETS ET RISQUES POUR L’HOMME : CONTAMINATION HUMAINE

 

Pour provoquer une infection il faut que la dose de bactéries ou de virus  ingérée (on parle de charge bactérienne ou virale) soit  importante, supérieure à la dose infectante minimale, cette condition ne peut être remplie que lors de baignades dans des zones très contaminées (déversement d’égouts) ou plus souvent ingestion de coquillages pollués crus ou mal cuits.

Les risques de contamination par les eaux de baignade  dans les conditions habituelles sont donc très faibles,  avec des symptômes surtout cutanés ou muqueux, ou des affections amplifiés par les irritations soleil et salinité de l’eau ou  des affections ORL comme la surinfection des plaies,  les otites externes…

Les mollusques bivalves qui  filtrent pour se nourrir des volumes d’eau très importants  (plusieurs centaines de litres par heure et par kilogramme d’animal vivant) concentrent les éléments en suspension dans l’eau, supports de polluants microbiens Ils deviennent dans certains milieux très pollués de véritables réservoirs bactériens  et peuvent alors être à l’origine de toxi- infections alimentaires (TIA) dont les  signes sont le plus souvent digestifs s’exprimant parfois en petites épidémies (TIACs). Selon  l’IFREMER, sur la période de référence où ont été recensées 520 foyers de TIACs, 51(9,8%) ont concerné  les produits marins dont 13 (2,5%) mettaient en cause les coquillages

A contrario cette propriété physiologique est utilisée pour le traitement des lots contaminés, l’élimination des microorganismes se fait par reparquage dans des bassins d’eau de mer propre et traitée.

 

SURVEILLANCE ET REGLEMENTATION

L’évaluation de la qualité  des eaux de baignade et des zones conchylicoles repose sur la quantification régulière dans le temps et l’espace des “ germes-témoins”. Des valeurs élevées     (supérieures à 100 pour 100ml dans 10 échantillons d’eau de mer prélevés à 30cm de la surface au plus haut de la marée) traduisent une bonne probabilité de la présence simultanée de germes pathogènes  à des taux critiques et par conséquent un  risque sanitaire réel bien que non quantifiable.

 

 

 

[Capture d’écran 2018-11-01 à 18]

 

Le contrôle réglementaire de la qualité des eaux de baignade est assuré par l’ARS qui a mandaté un laboratoire privé pour réaliser les prélèvements et les analyses En parallèle et en complément du contrôle réglementaire, le Service d’hygiène et de santé du SIBA réalise un autocontrôle de la qualité des eaux de baignade.  

Cet autocontrôle est effectué en concertation avec les services de l’ARS afin de renforcer le dispositif réglementaire et améliorer encore le suivi de la qualité des eaux de baignade et ainsi la sécurité des estivants.

En cas de concordance de résultats dépassant les valeurs impératives, des mesures prophylactiques provisoires peuvent être mises en place par les maires ou le Préfet. [Capture d’écran 2018-11-01 à 19]

En fin de saison estivale, le classement de chaque baignade est effectué sur 4 années consécutives par méthode statistique. Il s’établit selon les catégories « excellente qualité », « bonne qualité », « qualité suffisante » ou « qualité insuffisante ».

Pour la saison estivale 2017, de la Teste de Buch au Cap Ferret, des contrôles ont été effectués sur les 28 baignades suivies par l’Agence Régionale de Santé (ARS) à raison de 10 prélèvements par site intra-bassin et de 5 pour les baignades océanes.

Créé́ en 1989, le réseau de contrôle microbiologique (REMI) des zones de production des coquillages a pour objet d'effectuer la surveillance sanitaire des zones classées A (bonne), B (moyenne) et C (médiocre).

 

 

ENJEUX : GESTION DES EAUX USEES

En termes de microbiologie, la bonne qualité des eaux du bassin d’Arcachon est le résultat des efforts conjugués de mise en place d’infrastructures (le collecteur, le warf, les stations d’épuration dans le bassin d’Arcachon lui même et dans le bassin versant). L’objectif étant d’éliminer les rejets d’eaux usées domestiques  et industriels dans le bassin : efficience des raccordements, rénovation des pompes de relevage, création éventuelle d’une grande station au nord Cap Ferret.

Sur le Bassin d’Arcachon, nous avons  deux systèmes distincts dit « séparatifs ». L’un pour les Eaux Pluviales (EP) : les eaux pluviales sont évacuées, par infiltration in situ dans le sol, pour recréer le cycle naturel de l’eau. L’autre pour les Eaux Usées (EU) : les eaux usées collectées sont dirigées vers les stations d’épuration.  Dans la réalité quotidienne Il faut intégrer la différence entre les eaux usées et les eaux de pluie souillées par lixiviation et leur mélange accidentel ou frauduleux

 

En effet, il faut distinguer, selon leur provenance :

Les effluents des habitations gérées par le collecteur de la Salie de conception ancienne (1974), à rénover et redimensionner selon l’afflux humain actuel et futur. De plus des retours dans le bassin sont constatés lors des inversions du courant latéral Sud et il existe des mélanges avec le circuit pluvial : raccordements illégaux des particuliers et perméabilité du réseau avec la nappe phréatique qui préoccupent les associations environnementales

Les éléments d’origine agricole  du bassin versant. Des techniques d’épuration à la source sont en cours d’installation par le SIBA

Le réseau pluvial urbain qui se déverse directement dans le bassin. Il est transformé en eaux usées après lessivage des sols. Le traitement dr ces eaux serait nécessaire avant leur rejet

 

Au total donc à retenir :

 

L’eau du bassin contient  obligatoirement, mais en quantité variable, des bactéries d’origine fécale variées dont,  essentiellement, E.Coli .

La quantité de ce germe est mesurée régulièrement et conjointement, sur des sites dédiés, (le Moulleau en particulier) par des organismes indépendants accrédités (SIBA, ARS)

A partir d’un certain taux  concordant (supérieur à 100 pour 100ml) d’E.Coli, la probabilité de la présence simultanée de germes pathogènes en quantité critique est possible bien que non obligatoire mais de toute façon non quantifiable.

Les mesures administratives préventives prises sont donc parfaitement justifiées

Les processus naturels et industriels de dépollution font que ces évènements sont rares et de très courte durée

La prévention passe essentiellement par la complétude et la qualité de l’épuration des eaux usées  du bassin versant

 

 

Marc Geniaux

 

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